Cet ouvrage, car s’en est un, est un travail au long cours.
J’imagine qu’il faut déjà savoir prendre énormément de recul pour livrer un récit aussi personnel. C’est sans doute une des raisons qui a poussé le jury du Festival d’Angoulême à récompenser cette bande dessinée; remercier le courage de cette jeune femme qui a partagé avec le public sa relation bouleversante avec sa mère gravement malade.
Nous ne vivons pas tous une enfance dorée, l’artiste nous plonge dans l’enfance de Véra pour nous raconte les pathologies de sa mère selon sa perception d’enfant.

Très jeune, Véra se rend compte que sa Maman n’est pas comme les autres, le premier souvenir, lorsqu’elle a environ 4 ans; c’est celui de sa mère qui l’emmène se faire exorciser chez une rebouteuse. A cette époque elle semble anormalement inquiète pour sa fille et passe beaucoup de temps au lit épuisée par un supposé démon qui la surveillerait et refuse de se soigner.
Le père dans le déni ou mort de honte essaie de gérer le quotidien de sa famille tant bien que mal. Il s’échappe petit à petit du domicile conjugal pour fuir le climat pesant qui y règne.
Le grand frère est las de la situation, sa mère le harcèle pensant qu’il est toxicomane.
C’est dans l’enfance d’Adela que sa fille essaie de trouver des explications à ses délires paranoïaques. Les souvenirs traumatiques de sa mère sont évoqués par des broderies en noir et blanc
Comment grandir sereinement quand on va chez l’exorciste, qu’on doit boire des « remèdes » contre le mauvais oeil, avoir peur des démons, espionner les écarts imaginaires de son père ou de son frère. A quel age, après avoir passé des années à imiter sa Maman, on réalise qu’elle est très malade et qu’elle nous a entrainé dans ses délires.
En grandissant, Véra réalise que sa mère boit, qu’elle a de sérieux troubles obsessionnels mais elle ne l’abandonnera pas pour autant, elle va la protéger, l’accompagner dans tous ses traitements psychiatriques successifs. Les rôles sont désormais inversés, mais quelle responsabilité pour cette jeune fille!
C’est une histoire d’amour forte, la relation qu’elle construit avec sa mère au travers des années, son envie de l’aider, de la protéger. Véra semble être la seule à pouvoir aider sa mère
Graphiquement, l’artiste alterne du travail coloré au feutre, avec des rapports médicaux imprimés qui nous confrontent à la pure vérité. Et cette broderie: Adela est couturière, un métier transmis de génération en génération. On a le sentiment que c’est la seule chose qui lui fait plaisir. Bea a choisi la broderie, un savoir-faire qui se transmet de mère en fille. Le temps de reconstruire est-il venu? A-t’elle pu recoudre les morceaux en tissant ce livre? un pansement pour l’avenir.
L’éditeur recommande à partir de 15 ans mais ma fille de 10 ans l’a lu, évidemment, tout dépend de l’enfant et de ce qu’on veut bien leur dire.
En tous les cas, je vous le recommande vivement, c’est dur mais c’est fort et finalement beau!
Des maux à dire
Bea Lema
BD, Sarbacane, 184 pages, 2023
25€






