Il y a des auteurs ou des illustrateurs qui ne choisissent jamais la facilité, ou qui choisissent des thèmes qui leur tiennent à coeur; Rebecca Cobb fait partie de ceux là et c’est sans doute pour cette raison qu’elle a accepté d’illustrer le très beau texte engagé de Nicola Davies.
Une petite fille, comme les autres, rêvasse dans une salle de classe, mais subitement, un bombardement, et la tout devient noir et gris, comme la cendre; il faut partir, vite, c’est l’exode, les camps, des conditions de vie précaires.
En une page, la vie de cette enfant a basculé, de l’innocence de l’enfance, à une réalité soudaine, violente et terrifiante.
Mais l’auteur ne s’arrête pas à cette première explosion, après il faut faire face au regard des autres, à la peur d’accueillir un inconnu. Dans ce pays l’école est pourtant très similaire à celle de la première page, mais on ne veut pas de cet enfant. La guerre est arrivée aussi, par un autre biais dans le coeur de ces gens qui ont peur.
Pourtant, il suffit d’une main tendue, d’offrir une place, une chaise dans une école.
Cette enfant n’a pas de nom, son pays non plus, malheureusement, la guerre pourrait arriver n’importe où et ses conséquences s’abattrent sur n’importe qui, cet enfant n’a pas choisi de fuir son pays, c’est la guerre qui l’a forcé à faire ce choix.
De courtes phrases, percutantes, un message universel. C’est un livre dur et souvent triste mais dans lequel on trouvera aussi de l’espoir. L’idée de ce livre est tristement venue à Nicola Davies lorsqu’elle a entendu qu’un enfant réfugié avait été refusé à l’école en Angleterre sous prétexte qu’il n’y avait pas de chaise pour lui…cette même année le gouvernement avait refusé le droit d’asile à 3000 enfants non accompagnés.
Quand Welling, 13 ans et son petit frère Moé se réveillent, ils ne sont plus dans leur orphelinat mais sur une île bien étrange en compagnie d’une centaine d’autres enfants qui ne savent pas non plus comment ils sont arrivés là.
Une voix les informe qu’une guerre nucléaire a ravagé la Terre et qu’ils sont les seuls survivants. Ils ont été mis en sécurité sous une bulle géante qui les protège de l’air, désormais toxique.
Régi par une puissante IA, afin de sauver la dernière génération d’humains sur Terre, cette bulle hyper hi-tech séduit vite les enfants… mais pas tous…
Welling ne se retrouve pas dans toute cette technologie et n’apprécie pas d’être surveillé 24h/24. Doit-elle vraiment faire tout ce que l’IA lui demande sans réfléchir et lui obéir les yeux fermés sous prétexte de sécurité ? ou se poser des questions et essayer de comprendre pourquoi et comment les enfants se sont tous retrouvés là ? Pourquoi seuls des orphelins ont-ils été sauvés ? À qui faire confiance ? Qu’y a-t-il au-delà de la bulle ? Et si l’air extérieur n’était pas vraiment toxique ? Sont-ils vraiment les derniers survivants de la planète ?
Une bonne BD de SF, qui permettra aux enfants de se poser certaines questions importantes sur l’intelligence artificielle.
Dans cette longue BD de presque 180 pages, Alexander Utkin nous fait découvrir les personnages qui peuplent les contes et légendes de la Russie.
L’histoire est découpée en différents chapitres emboités les uns dans les autres, comme des poupées russes. Mais trois histoires principales se dégagent : la guerre des oiseaux contre les autres animaux de la Terre à cause d’une pomme dorée, l’histoire d’un marchand qui soigne le roi des oiseaux, gravement blessé et ses aventures avec un coffre magique, et pour finir, celle de son fils, condamné à devenir l’esclave de l’Esprit des eaux, qui essaiera de sauver les siens.
Le tout narré par Gamaïoun, un oiseau magique à tête humaine de la mythologie slave, qui prédit l’avenir et connait le passé. Il sait tout. Mais ce qu’il préfère, « c’est raconter des histoires, de bravoure, d’amour ou de sagesse. Parfois, elles semblent un peu effrayantes, mais [il] préfère les dire “palpitantes” ! «
Les dessins au crayon d’Alexander Utkin aux couleurs chattoyantes accompagnent parfaitement ces histoires magiques.
Un conte façon BD qui saura séduire les enfants et leur faire découvrir le folklore slave.
Il a d’ailleurs reçu le prix jeunesse ABCD en 2020.
À partir de 8 ans.
Alexander Utkin BD, 176 pages, Gallimard BD, 2020 21 €
La BD est un immense succès depuis 2015, 8 tomes sortis jusque 2022. Cette série raconte l’histoire de 3 enfants qui deviennent des résistants, mais comment résister lorsque l’on a que 13 ans ?
Tout commence dans un petit village français (c’est amusant d’ailleurs parce que les interprétations varient dans les articles, tantôt dans les Ardennes, tantôt en Bourgogne, alors que le village est une invention pure; il est située en zone occupée, c’est la seule information certaine) nous sommes en 1940, la guerre a éclaté et les allemands occupent la France maintenant dirigée par Pétain.
Une petite fille allemande est « déposée » dans le village et ce sont les deux copains Eusèbe et François qui la recueille. Les enfants très rapidement, se rendent compte qu’ils ne peuvent pas faire confiance aux allemands malgré le mal qu’ils se donnent pour essayer de plaire à la population locale. Les adultes leur semblent passifs, il faut trouver des moyens pour résister, comment agir? Dans ce premier tome, intitulé « Premières actions », les enfants vont faire preuve d’ingéniosité pour s’organiser et participer à la résistance avec leurs moyens.
Personnellement, j’ai beaucoup apprécié la lecture de cette BD, les portraits ne sont pas trop manichéens et on découvre des personnages sensibles et partagés avec des points de vue qui évoluent en fonction de leur situation personnelle. Raconter la guerre du point de vue d’enfants de 12 ans, c’est malin, c’est nouveau et ça leur parle
Les albums sont par ordre chronologique, je ne suis pas une grande spécialiste de la deuxième guerre mondiale hors les connaissances apprises jusqu’au baccalauréat, mais ça m’a l’air bien documenté. Le dossier donne le sentiment qu’il y a eu beaucoup de recherches pour faire de cette série qui prend donc une dimension pédagogique.
Les illustrations kaki, gris, bruns sont bien dans la thématique camouflage; c’est graphiquement dense mais il n’y a pas trop de bulles, ce qui permet une lecture facile et agréable.
Le seul personnage qui ne me semble pas très réaliste est le père d’Eusèbe qui est maître d’école. Ce n’est pas du tout ainsi que je me le serai imaginé, il fait très snob et prétentieux, vêtu de son costume et sa cravate. J’aurai plutôt préferé un homme modeste et à l’écoute…mais c’est un détail.
A la fin de l’album, vous trouverez un dossier historique assez complet, à l’image de la BD, il est aussi très agréable à lire.
Vincent Dugomier/Benoît Ers Le Lombard, Bande Dessinée, 99 pages, 2015 11,95€
La série a donc été novélisée par Cécile Jugla; c’est plutôt rare dans ce sens là. Alors que la tendance est à faire une BD de chaque roman à succès, il a été décidé de faire d’une BD à succès, un roman illustré.
Les illustrations sont les mêmes que dans la BD, elles ont moins nombreuses et le format est adapté à celui d’un livre de poche.
Des chapitres ont été crées et l’ordre du récit parfois légèrement modifiés pour que ce soit logique. Et on a du coup un récit plus descriptif puisque moins d’images sur lesquelles s’appuyer pour la compréhension et les émotions.
La conclusion de ma fille c’est : « Maman, d’habitude tu dis que le livre est beaucoup plus complet mais là c’est exactement la même chose. » Elle n’a pas tord mais ce qu’elle ne sait pas c’est que la BD a été pensé avant le livre. Du coup, il est vrai que ça a moins de sens de leur faire lire le roman, et en allant plus loin, pourquoi avoir proposé un roman? Même si ca ne remet pas en cause la qualité de l’écriture de celui-ci.
Cécile Jugla/ Vincent Dugomier/Benoît Ers Rageot, Roman illustré, 128 pages, 2020 7,50€ Format numérique 5,49€
Et pour boucler la boucle, la sortie du film de Christophe Barratier (Les choristes) avec Jugnot et Artus, exclusivement au cinéma le 11 Février 2026!
Un autre pays, mais encore des guerres, des conflits, des souffrances, des familles séparées.
Zein vient de la Syrie et précédemment, la famille de Pauline l’a accueilli dans « Mon chien, Dieu et les Pokétrucs », mon coup de coeur roman de l’année 2018.
Pauline a du partager sa vie avec Zein et ça n’a pas toujours été facile mais elles sont finalement devenues amies malgré la barrière de la langue, malgré la guerre, grace à la guerre comme dit Pauline à la fin du premier roman.
Dans ce nouveau roman, nous prenons plaisir à retrouver nos petits personnages bien aimés. Zein est partie retrouver sa famille en Egypte et cette fois-ci c’est Pauline qui lui rend visite car ils font face à de nouvelles difficultés.
C’est épatant de réussir à raconter la guerre aux enfants avec humour, mine de rien; au travers des dialogues d’une petite fille de 9 ans, nos enfants vont apprendre plein de vocabulaire et un peu plus des situations politiques dans certains pays, pas si loin du notre.
Et me voilà, comme dans le premier opus à rigoler, c’est tout de même assez rare pour moi de rire en lisant un roman jeunesse, peut être même rare de rire en lisant tout court. Le rire, c’est sans aucun doute ce qui nous sauve des pires situations. Merci encore Myren, pour ce beau moment de lecture très instructif.
Myren Duval/ Charles Dutertre Editions du Rouergue, Collection dacodac, Roman illustré, 64 pages, Avril 2023 9,90€
Simon, comme tous les enfants, passe du temps à jouer, il joue avec son ami David, mais la guerre arrive, et les allemands envahissent Varsovie. Les bombardements ont détruit la maison de Simon et de sa famille.
Avec ses mots d’enfants, Simon explique: son père pris dans une rafle, puis le ghetto dans lequel il doit vivre. Ils ont du laisser tous leurs biens et se retrouvent à présent entassés dans des pièces minuscules, crevant de faim. Du jour au lendemain, sa soeur Chana emmené dans un camp, sa mère qui se sacrifie.
C’est à ce moment là qu’il rencontre une deuxième Maman, une femme qui va l’aider à s’évader du ghetto de Varsovie, Irena Sendler. Soeur Jolanta de son nom de code, en tant qu’assistante sociale aurait sauvé plus de 2500 enfants à elle seule du ghetto de Varsovie. C’est une fabuleuse idée de lui rendre hommage au travers d’un livre pour enfant.
Simon est devenu Stanislas pour échapper à une mort certaine avec la complicité de sa Maman et de cette nouvelle Maman, il va maintenant habiter avec Maria, une troisième Maman.
Mais le parcours de Simon semble interminable, la guerre dure et suite à une gaffe il doit à nouveau changer de famille pour finalement retrouver une tante à la fin de la guerre.
Les femmes qui ont sauvé la vie de cet enfant ont été nombreuses, c’est pour cette raison qu’il les appelle ses mamans. Chacun lui a donné de l’amour, du temps, de la bienveillance, des qualités souvent attribuées aux mamans. C’est doux et tendre dans l’horreur d’une guerre. Ces moments d’amour ont du être tout particulièrement précieux.
Renata Piątkowska/ Pauline Duhamel Traduction (Polonais) : Maria Lysinski, François Michel Flammarion Jeunesse, Castor Romans, Roman illustré, 96 pages, 2022 8,90€
Je tenais à vous parler de cette belle initiative des éditions Kinaye : la collection Punch !, qui a pour but de valoriser les auteurs-illustrateurs franco-belges. Des petites BD souples d’une quarantaine de pages à tirage unique.
La première saison est dédiée à la nature, avec 4 fascicules. Je vous présente ici le premier, Minimage, signé Yohan Sacré (Timo l’aventurier, que mon fils avait bien apprécié).
Dans cet ouvrage, deux peuples de la nature, les Mages et les Légumineuses sont en guerre, sans plus trop savoir pourquoi… Ils se haïssent depuis si longtemps !
Mais quand un groupe de Légumineuses courageuses retrouve un bébé Mage abandonné dans la forêt, celui-ci décide de braver les dangers, et surtout le grand méchant Sport et de le ramener dans son peuple. Un petit écureuil sympathique leur viendra en aide après la disparition soudaine de Gratin l’axolotl.
Une belle histoire bienveillante avec une touche de magie, aux illustrations douces et enchanteresses que nous avons tous beaucoup appréciées ici.
Mon fils a trouvé que c’était un peu court et j’aurais bien eu envie moi aussi d’un autre tome pour retrouver ces personnages attachants !
En fin d’album des planches sur la construction de cette belle BD et une présentation des personnages en détails.
L’intégrale de la saison 1 est disponible, ainsi que 3 tomes de la saison 2 (qui a pour thème le fantastique/fantasy).
En 1981, Chiara vit à l’Ambassade d’Italie à Téhéran, avec sa famille, le contexte historique est déjà très compliqué en Iran.
Dans la République islamique d’Iran, cette petite fille voit le monde de deux façons différentes, à l’intérieur du jardin où tout est vert puis à l’exterieur où tout est rouge. Vert pour symboliser la vie et rouge pour symboliser la violence.
A l’intérieur, les enfants se sentent protégés et vivent une enfance privilégiée, dans un grand jardin oriental mais ils n’ont pas d’amis, car ils ne sortent pas de cette prison dorée. Ils n’en sortent pas car à l’exterieur, c’est la guerre.
Un jour, le monde terrifiant est entré dans le jardin; sous la forme, d’un enfant, Massoud. C’est alors que les deux mondes se sont mélangés, le vert se mélange au rouge pour créer de nouveaux coloris. Ils ne parlent pas la même langue mais pourtant, un amitié nait au coeur de l’horreur, en période critique. Ce livre est plein d’espoir, plein d’enfance, plein d’espoir aussi.
Mais il n’est pas facile de mélanger le dedans-dehors dans un pays en guerre. Chacun se poursuit sa route, en pensant sans doute à ce que l’autre est devenu?
J’adore les illustrations de Régis Lejonc dont j’ai déjà parlé avec Pitsi-Mitsi de Marie-Aude Murail. Les graphismes floraux qu’il a imaginé font penser à l’Art persan; les sourires des enfants et la grimace de l’Ayatollah Khomeni et de ses guerriers.
Ce livre a notamment reçu le prix sorcières en 2018, on ne se demande pas pourquoi, c’est une merveille tant par l’histoire que par ses illustrations. Le format est assez original et le papier d’une belle qualité, c’est définitivement un livre à offrir.
Chiara Mezzalama/ Régis Lejonc Les éditions des éléphants, Album, 40 pages, 2017 15€
Le contexte actuel et l’armistice approchant, il nous paraissait important d’aborder ce sujet difficile qu’est la guerre. Mais cela reste un sujet complexe à aborder avec les enfants et d’autant plus avec les plus jeunes.
Cet album de Steve Antony, bien qu’il ne soit pas vraiment récent, m’avait énormément plu.
Depuis la nuit des temps, les lézards verts et les rectangles rouges se livraient à une bataille féroce. Ils se faisaient la guerre depuis tellement longtemps qu’eux mêmes ne savaient plus pourquoi ils se battaient. Quand un des lézards osa demander pourquoi, il fut tout simplement écrabouillé et la guerre reprit de plus belle. Jusqu’à ce qu’un rectangle rouge, au bout du rouleau, demande à négocier une trève. Une excellente idée qui permit finalement aux deux camps de vivre ensemble paisiblement, les rectangles rouges s’assemblant pour héberger les lézards.
J’ai trouvé ce livre criant de vérité.
Le fait que les lézards puissent faire la guerre à des rectangles est tellement ridicule qu’on se demande pourquoi même ils peuvent être rivaux !
Surtout quand aucun des camps ne semble savoir pourquoi tout ça a commencé.
Les illustrations bicolores sont splendides; on dirait des peintures abstraites. Visuellement, la bataille des verts contre les rouges est magnifique. Mais la paix est tout aussi joliment illustrée.
A partir de 4 ans.
Steve Anthony Album, De La Martinière Jeunesse, 2018 13,50€
A Paris, un luthier de grande renommée travaille avec application dans son atelier. Ce violon est destiné à son fils: Simon, et il sera peut-être son dernier car la guerre a éclaté et à présent les clients se font rares dans cette « entreprise juive ».
Matthias, passait beaucoup de temps avec son ami Simon, mais depuis que les allemands ont envahit Paris, Simon se fait discret mais surtout très pessimiste.
On partage des moments du quotidien de Matthias qui se pose des questions sur ce qui est en train de se passer dans sa ville en période d’occupation à Paris. Du comportement des voisins, de ses parents, des commerçants, de la famille de son ami.
Suivront les bombardements, la faim, les déportations, la solidarité, les dénonciations, la disparition soudaine de la famille de son ami.
Simon s’est caché dans un cagibi et Matthias va l’aider du mieux possible mais Simon devra fuir.
On peut tout voler mais pas la beauté de l’âme. On fait le parallèle avec l’âme du violon, une petite pièce placée à l’intérieur du violon. C’est la dernière pièce et surtout celle qui influe sur la sonorité de l’instrument.
J’ai trouvé très appréciable la page de rappel des quelques dates importantes sur l’extermination des juifs en Europe.
Je ne veux pas faire de politique et encore moins aujourd’hui qu’un nouveau conflit est en train de ravager deux communautés. La guerre est terrible, elle tue des enfants et séparent des familles, peu importe leurs religions, ils sont avant tout des êtres humains. En tant que Maman, c’est la première peine qui me vient à l’esprit.
Lisez ce livre, pour ne pas oublier, le quotidien des enfants en temps de guerre.