3-5 ans, 5-7 ans, 7-10 ans, Mort / Deuil
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La mort, le deuil : notre sélection de livres pour vous accompagner dans cette épreuve

Pas facile d’aborder ce sujet, mais il est pourtant tellement important de parler au moment où un être cher meurt. Dans nos civilisations actuelles, en Occident, la perte n’existe plus, on remplace tout, il y a pourtant des choses irremplaçables : les êtres, les animaux ou les humains.


Il y a deux ans, lorsque j’ai été confrontée à la mort de mon Papa, j’ai cherché des livres, pour pouvoir parler de la mort, de la transmission et du deuil avec mes enfants.
Et, ça a été très compliqué ; déjà parce que dans l’urgence, et parce que dans ces moments là, on n’a pas l’esprit très clair.

Une psychologue de l’équipe soignante m’a donné des références pour les adultes, mais ce que je cherchais moi, c’était des livres pour les enfants, avec des mots adaptés. Je ne voulais pas qu’un adulte m’explique comment parler de la mort avec mes enfants, je voulais leur lire des livres qui leur en parleraient, avec des mots différents des miens.

Et puis, cette année, j’ai une amie qui a perdu son Papa, très brutalement. Elle a pensé à moi pour lui donner quelques références de livres et j’ai pensé, que mon deuil fait, il était temps pour moi d’aider les autres dans ce moment très douloureux par quelque chose que je m’efforce de faire de mon mieux : recommander des livres.

Alors pour compléter le thème et avec un peu plus de recul de mon côté, j’ai emprunté, acheté énormément de livres sur le sujet, car finalement, il en existe beaucoup. Et je trouve d’ailleurs que récemment, dans les deux dernières années, c’est un sujet qui est assez souvent abordé en littérature jeunesse.

Ce que je disais à mon amie, c’est qu’il était important de pouvoir en parler avec les enfants, quel que soit leur âge et que le livre apporte un bon support pour lancer la discussion. Mais, en revanche, je vous suggère de n’en choisir que 1 ou 2, inutile de leur proposer la sélection complète.
Ils sont parfois dans l’abnégation complète, refusent d’en parler, il ne faut pas les forcer mais les emmener adroitement vers la discussion.
Je vous recommande plutôt de choisir quelques albums rigolos pour alterner les lectures et essayer de passer un bon moment, vous aussi avec votre enfant dans cette période difficile.

Je ne vais pas pouvoir parler de tous les livres que j’ai lus ces derniers mois sur le sujet, mais voici ma sélection, qui j’espère vous aidera.

Pour les plus petits

🇬🇧 Missing Mummy, à partir de 3 ans
Rebecca Cobb
Mac Millan, Album souple, 32 pages
£7,99

Un livre sur la perte d’un parent, un livre en anglais, parce que si vos enfants sont à la crèche ou en école anglaise, ce sera peut être plus facile de le faire en anglais. Il a été traduit en français sous le titre Au revoir Maman.
Cette histoire commence par un jour pluvieux ou tout le monde est en noir sauf les enfants et il faut dire au revoir à Maman. Le narrateur est un enfant, il comprends qu’il faut dire au revoir mais ne réalise pas vraiment bien où cette Maman est partie. Donc, l’enfant cherche sa mère, il ne comprend pas pourquoi elle est partie sans lui. Il laisse des fleurs auprès d’une tombe, mais elle ne vient tape les chercher. Il/elle a peur, il est en colère, c’est injuste cette situations ! Et quand finalement l’enfant demande à son Papa quand sa maman reviendra, il lui explique qu’elle est morte et il commence à expliquer ce que ça veut dire, ce que ça va signifier pour eux dans le quotidien. Et que même si sa Maman lui manque, elle restera quelque part là tout près de son coeur à jamais. Ce livre est très émouvant, sincère et éprouvant.

La croûte, à partir de 3 ans
Charlotte Moundlic/ Olivier Tallec
Père Castor, Flammarion Jeunesse, Album, 32 pages
10,50€

Un petit garçon nous raconte la mort de sa Maman, il est seul, avec son Papa. Cette mort, visiblement, elle était prévue ; il sait très bien ce qu’il va se passer, il est en colère. Comment vont-ils faire sans elle? Ce Papa qui ne sait rien faire, ce Papa perdu, qui pleure…les jours passent, l’enfant a peur d’oublier : l’odeur, la voix. Lorsqu’il s’écorche le genou dans le jardin, il entend la voix rassurante de sa Maman, alors il gratte la croute tout le temps pour continuer d’entendre cette voix qu’il aime tant. Il veut s’occuper de son Papa, de sa Mamie, mais c’est trop, alors il craque et enfin, il pleure, il pleure , il s’abandonne à la tristesse. Finalement la croûte a cicatrisé et une peau neuve est apparue à la place de la blessure. C’est beau cette symbolique d’une blessure qui cicatrise, ça peut facilement parler aux enfants.

Au revoir Papa, à partir de 3 ans
Emmanuelle Eeckhout/ Emile Jadoul
Pastel, L’école des Loisirs, Album, 24 pages
12€

Ça fait longtemps maintenant que Papa est parti, mais c’est toujours aussi difficile à accepter. Le narrateur est de nouveau l’enfant, et la Maman refait sa vie. A t-on le droit de faire entrer dans sa vie un homme autre que son Papa ? A-t’on le droit de rire et s’amuser de nouveau?


Mais aussi:
Le grand voyage de Gouti, que j’ai déjà présenté par le passé.

Les deux références ci-dessous, même si elles sont sous forme de récits, ressemblent plus à des documentaires.

Si on parlait de la Mort, à partir de 2 ans
Docteur Catherine Dolto/Colline Faure-Poirée

Gallimard Jeunesse Giboulées, Collection Mine de Rien, 28 pages
6,50€

L’incontournable livre du Docteur Catherine Dolto, la fille de Françoise, elle est spécialisée dans les livres sur la santé des enfants.
Elle commence rapidement par expliquer que tout ce qui vit, meurt un jour, c’est difficile à comprendre, mais surtout à accepter, et tout particulièrement pour nos proches. Le point de vue est laïque, que se passe-t’il après la mort ? Que fait-on du corps ? Quel type de cérémonie ?
Il y a aussi quelques recommandations, comme ne pas cacher la vérité à l’enfant, l’enfant a parfois peur d’avoir été abandonné, avoir dit quelque chose de mal, la culpabilité. Le message final, c’est que l’amour est toujours là, dans les souvenirs. Tout est survolé dans cet album, et il est du coup très facile d’engager toutes les discussions avec votre enfant. Du décès, au deuil, au souvenirs et retour à la vie.

La mort, à partir de 4 ans
Stéphanie Duval/ Pierre Van Hove
Milan, collection Mes p’tits pourquoi, Album, 32 pages
7,60€

Un récit détaillé qui commence par des parents très inquiets car le Papi est très malade et à l’hôpital. On est tout de suite dans le vif du sujet car il va mourir, il n’y a plus de médicaments pour le sauver. On évoque le cycle de la vie au moment du décès, on explique comment se matérialise la mort, ce que ça veut dire, c’est assez détaillé. Alice comprend que ce corps froid, ne ressentira plus rien. C’est assez cru dans les textes, y compris dans les images. On évoque aussi le deuil, différent pour chacun ; l’enterrement, la cérémonie à l’église pour les gens de confession catholique. La peur de mourir ou que ses propres parents meurent. Et pour finir, le fait qu’on oublie pas son mort.

Pour les moyens

🇬🇧 The heart and the bottle, à partir de 5 ans
Oliver Jeffers
Harper Collins, Album souple, 32 pages
£6,99

Une petite fille à l’imagination débordante, comme le sont souvent les enfants perd son grand-père. Elle décide de mettre son coeur dans une bouteille qu’elle accroche autour de son cou. Elle pense que ça l’aidera à surmonter sa peine, mais dans la réalité, elle a cessé d’imaginer, le coeur dans la bouteille est devenu lourd à porter, mais il était protégé, en sécurité.
Lorsqu’elle fait la rencontre d’une petite fille curieuse, tout comme elle l’était, elle se dit qu’il était temps de sortir son coeur de la bouteille, mais elle n’y arrive pas. C’est la plus petite qui finalement réussit à sortir le coeur de la bouteille, le coeur a repris sa place et la vie aussi.

Il existe aussi en français chez Kaléidoscope sous le titre Le coeur et la bouteille.


🇬🇧 Badger’s parting gifts, à partir de 5 ans
Susan Varley
Andersen Press Ltd, Album souple, 32 pages
£6,99

C’est un très beau livre sur la transmission. Blaireau n’a pas peur de mourir car il est très vieux et son corps est fatigué. En revanche, il est inquiet de savoir ce que vont ressentir ses proches lorsqu’il ne sera plus là. Un matin, Blaireau n’apparait pas sur le seuil se sa porte, Fox annonce à tous qu’il est mort, les animaux se sentent perdus, très tristes, en colère. Même si il leur avait dit avec sagesse qu’il ne faudrait pas être tristes, il était difficile de ne pas l’être, l’hiver était triste. A l’arrivée du printemps pourtant, les animaux parlaient de leurs souvenirs avec Blaireau avec tendresse et émotion. Chacun des animaux de la forêt se souviendra de quelque chose qu’il a partagé avec Blaireau. J’aime beaucoup ce livre où au fil des saisons, la tristesse laisse place à une douce paix et au souvenir. C’est comme ça que j’ai vécu mon deuil, le temps passe, on n’oublie pas, mais on continue sa vie avec le souvenir de celui qu’on aimait.

Il existe aussi en français chez Gallimard, sous le titre Au revoir Blaireau.

Grand-père est mort, Lili a peur de la mort, à partir de 5 ans
Dominique de Saint Mars/ Serge Bloch
Calligram, Ainsi va la vie, BD, 42 pages
5,90€

La psychologue avait mentionné les Max et Lili dont les enfants raffolaient à l’époque et qui abordent aussi très bien le sujet, j’avais donc acheté ces deux livres. Honnêtement, ils sont bien fait et les enfants se sont immédiatement précipités dessus. Dominique de Saint Mars est sociologue, elle écrit des scénarios qui donnent la parole aux enfants, le ton est juste dans les Max et Lili, c’est pour cette raison qu’il est facile pour les enfants de s’identifier à ces deux enfants. et de répondre à la partie finale « Et toi… » où l’on questionne les enfants. Je trouve ces deux albums assez complémentaires, Grand-père est mort est très factuel, et Lili a peur de la mort est plutôt lié aux angoisses qui peuvent surgir. L’enfant va évidemment penser à la mort de ses propres parents ou même la sienne.


Bigoudi, à partir de 6 ans
Delphine Perret/ Sébastien Mourrain
Les fourmis rouges, Album, 36 pages, 2014
13,80€

Bigoudi c’est une vieille dame un peu excentrique, elle vit avec Alphonse dans une grande ville en ébullition. Elle fait tout avec Alphonse. Alphonse, c’est un bouledogue français, c’est son petit chouchou, elle le gâte beaucoup, ils ont une vie trépidante.
Mais, un jour, le vieil Alphonse ne se réveille pas et Bigoudi pleure toutes les larmes de son corps et elle est tellement triste de la perte d’Alphonse que plus jamais, elle ne voudrait perdre un être aimé.
Donc, elle décide de s’enfermer chez elle pour ne plus jamais perdre quelqu’un ou avoir de la peine.

Jusqu’à ce qu’un jour, le laveur de carreau lui fit un grand sourire et la rappela au monde extérieur. Même si elle s’était dit plus jamais, elle ne pu s’empêcher de retourner à la vie.

Cet album est écrit avec beaucoup de tendresse, il a beaucoup plus aux enfants car le ton est moins « grave » que celui de certains. Peut-être même q’ils ne se rendent pas vraiment compte qu’ils lisent un album sur la mort avec Bigoudi.

Pour les plus grands

L’arbre, le chat, le grand-père
Pauline Alphen/ Joanna Wiejak
Nathan, Roman junior, 64 pages
5,95€

Si vous suivez ce blog, alors, vous connaissez déjà Ambre, cette grande fille dyslexique. Dans ce plus modeste (en taille) roman, elle va rencontrer « Lamor ». Le premier chapitre parle de « l’Arbre », celui de son enfance, celui de son jardin auprès duquel elle aimait tant se réfugier, qui a été frappé par la foudre lorsqu’elle était en CE2. Un long dialogue s’installe entre Ambre et son Papi qui lui explique pourquoi il ne sera jamais tout à fait mort. C’est la première fois que Ambre fait face à la mort, ce qui va entrainer une longue réflexion sur le fait que tout meurt.
La deuxième fois qu’elle fait face à Lamor, Ambre est en CM2, ce n’était cette fois pas une surprise, son chat Aladin était très malade. Dans ce chapitre, Ambre échange par email avec son frère Arthur au sujet de leur chat malade. Ambre comprend qu’Aladin, même mort sera toujours là, mais sa petite soeur a du mal à comprendre que le chat est mort car personne n’a employé ce mot, il est « parti », « a disparu », « est décédé », donc Ambre, lui explique ce que « mort » veut dire et surtout les conséquences dans le quotidien de l’enfant.
Et la troisième fois, Ambre savait qu’elle serait triste. Papi a fait un arrêt cardiaque, il va se faire opérer. L’hôpital, ça fait peur, une opération aussi. L’arbre, le chat et à présent le grand-père. La peur, la tristesse et à présent la colère ? Ambre se prépare mais finalement la mort de Papi n’arrivera pas tout de suite, mais Ambre a compris, un jour il va mourir mais en attendant, il faut profiter de la vie.
Je n’aurai pas mieux choisi les mots que Pauline Alphen pour parler de mort à mes enfants, ce livre est une ode à la vie, c’est magnifique, contemporain, drôle parfois et émouvant tout le temps.

L’arrêt du coeur
Agnès Debacker/ Anaïs Brunet
MeMo, collection Polynie, Roman Junior, 108 pages
11€

Simone est morte, d’un arrêt du coeur et pour Simon, Simone était plus qu’une simple voisine. Il a du mal à réaliser, sa mort a été si soudaine. Simon demande à la gardienne, de lui raconter encore et encore comment elle l’a retrouvé. Elle était vieille, son coeur a lâché, le Samu est venu la chercher et il ne la verra plus jamais. C’est difficile à accepter, il se souvient de tous les bons moments passés avec elle, des objets dans son appartement.

Parmi lesquels d’ailleurs, il y a une théière rouge, une théière à voeux. Du vivant de Simone, il aurait été impensable de lire les petits mots que chacun avait glissé dans la théière, mais maintenant qu’elle n’est plus là…Peut-être que ces petits secrets l’aideront à être moins triste?

Simon découvre que Simone n’était pas uniquement sa Simone. Elle était amoureuse d’un certain Farid. Lorsque Juliette, sa nièce vient débarrasser l’appartement, Simon va partager avec elle des souvenirs et essayer d’en savoir plus sur ce fameux Farid. Le mort de Simone va révéler une belle histoire d’amour. La vie est triste et belle à la fois.

Pour tous les âges, mais peut-être pour les plus grands surtout.

Je suis la mort
Elisabeth Holland Larsen/ Marine Schneider
Traduit du norvégien par Aude Pasquier
Versant Sud, Album, 48 pages
14,90€

J’ai découvert ce livre magnifique qui parle de la mort comme de la compagne de la vie. C’est un véritable de coup de coeur, car il est doux, rassurant et poétique. La mort est bienveillante, elle vient nous rendre visite à n’importe quelle heure, par n’importe quel temps. On aimerait mieux ne pas la rencontrer, elle vient plutôt chercher ceux qui ont déjà bien vécu, mais il arrive aussi qu’elle doive emporter des petits. Elle n’a pas le choix que d’emporter certains, laissant la place à d’autres. Mais ce qu’elle n’emporte jamais c’est l’amour.

Je ne peux malheureusement pas vous parler ici de tous les livres que j’ai lus sur le sujet car je me rends compte que mon article est déjà extrêmement long. Je vous recommande la collection « Carré Blanc« , aux éditions Les 400 coups qui proposent beaucoup de livres sur le sujet, mais aussi aux éditions Courte et Longues, la collection « Je dis mes maux« , des livres sur des sujets très précis.

Je vous donne aussi trois références sur la perte d’un enfant, je n’ai pas vécu ce drame, ce n’est donc pas évident pour moi de parler d’un sujet délicat que je ne connais pas. Je vous laisse regarder de plus près ces recommandations.

Le coin des parents

Je me permets, exceptionnellement, d’ajouter un livre pour adulte, si vous en avez besoin, qui m’a été d’un grand secours, surtout pour comprendre que chacun faisait son deuil de façon différente en fonction de sa relation avec le défunt.

Vivre le Deuil au jour le jour
Dr Christophe Fauré
Albin Michel, Nouvelle Edition, Broché, 2018
19,50€

J’ai mis beaucoup de temps à écrire cet article, plusieurs années finalement… chaque livre nous plonge dans une grande émotion, surtout les histoires.

Ce que j’aimerai vous laisser comme message ici, c’est que le deuil peut prendre des formes très différentes, chez les adultes et les enfants, mais que nous faisons tous notre deuil en notre temps. Ne soyez pas choqué si votre enfant ricane bêtement, s’il pleure souvent ; mais occupez-vous de lui tout particulièrement s’il ne réagit pas ou ne parle pas quel que soit son âge. Ne sous-estimez pas que de vous voir malheureux peut le rendre très malheureux, que de perde quelqu’un, c’est difficile. Occupez-vous d’eux car c’est ce qui vous soignera, la reprise des sourires, puis des rires et des fous-rires. Soignez-vous, soignez-le (les), ils vous aideront à vous remettre de cette épreuve. Grâce à l’amour des vôtres, vous accéderez à la résilience. Je vous envoie beaucoup de courage pour cette étape dans votre vie.

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